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vendredi 20 février 2015

Villette de Charlotte Brontë

Villette
de Charlotte Brontë

Éditions Archipoche
Collection Roman étranger

Sortie le 15 mai 2013
Format poche / 710 pages / 9.65€

Présentation de l'éditeur :

Lucy Snowe, une jeune Anglaise qui se destine à l'enseignement, embarque un jour pour la sombre Villette, capitale du royaume de Labassecour. Sans connaître un mot de français, elle échoue dans un pensionnat de jeunes filles tenu par l'étrange Mrs Beck, qui l'engage comme institutrice.

Plongée dans cet univers inconnu, en butte aux colères de M. Paul, le professeur d'arithmétique, Lucy peine à trouver sa place. Déracinée, mais rebelle et orgueilleuse, elle fait l'amère expérience de la solitude. Quand ressurgit dans sa vie le séduisant Graham Bretton, symbole de bonheurs enfuis, l'espoir semble enfin luire. Mais la voilà déjà en proie à une passion aussi neuve qu'inattendue : l'inavouable attrait qu'exercice sur elle M. Paul, homme plus sensible qu'elle ne croyait, qui a si déceler ses qualités...

Le rêve de Charlotte Brontë était d'ouvrir une école avec ses soeurs. C'est dans ce but qu'elle s'était exilée à Bruxelles, pour y enseigner l'anglais en échange d'une formation. Expérience à la fois exaltante et désespérante, que l’aînée des Brontë transposera dans ce roman tourmenté, publié deux ans après sa mort. 

Mon avis :

Voilà un livre qui traînait depuis un moment dans ma bibliothèque et que j'avais très envie de lire. Charlotte Brontë m'avait déjà charmée avec l'histoire de Jane et de Mr Rochester dans Jane Eyre. J'ai lu ce dernier avec avidité, l'intrigue était passionnante, je n'ai pas vu le temps passer. En ce qui concerne Villette, c'est une tout autre histoire.

Lucy Snowe, jeune fille touchée par le malheur, a un profond besoin d'indépendance et elle va travailler dur pour la garder. Elle est aussi une personne qui fait preuve d'une très grande réserve, qui ne se fait pas remarquer. Au cours des trois premiers quarts du livre, la narratrice semble être une simple spectatrice. Elle nous rapporte les événements, nous parle des protagonistes qui croisent sa route, mais elle ne prend aucunement part à l'action. Petite juge invisible, elle est là, elle est témoin et nous rapporte les faits teintés de son opinion. C'est bien la première fois que je ressens autant l'influence du narrateur dans ce qui est raconté et qui me rappelle constamment que le récit n'est pas réellement objectif puisque nous n'avons que la vision de Lucy.
Sous cette façade imperturbable, on sent que bout un caractère ardent, qui la rend esclave de des sentiments qu'elle réprime. Brider ainsi ce qu'elle ressent, ajouté à cette réserve perpétuelle dont elle fait preuve, va provoquer des périodes de dépression qui vont succéder à des périodes de fermeté et de force de caractère.
C'est une personne qui n'a pas besoin de l'approbation des autres, qui se bat pour rester indépendante, elle affronte les malheurs et va toujours de l'avant sans se retourner. Sa réserve tient plus du fait que, désillusionnée par la vie, elle ne veut plus y prendre part, craignant constamment que la destinée lui reprenne ce qui lui a été offert. Ainsi, elle part du principe qu'elle souffrira moins de ne jamais connaître un plaisir, plutôt que d'y goûter et qu'il lui soit retiré un jour.

L'histoire en elle-même est plaisante à défaut d'être passionnante. Sachant que l'action est principalement concentrée dans les 3 premiers chapitres et dans le dernier quart du livre, l'intrigue pourrait tenir en 250 pages, et alors que le livre en fait 700, vous imaginez bien que l'auteur a joué de sa prose pour combler les 500 pages restantes.
Le lecteur est immergé dans la vie du XIXe siècle, avec ses codes et ses mœurs. De plus, l'auteur s'amuse à faire une continuelle opposition entre Anglais et Français/Belges ainsi qu'entre catholiques et protestants.

L'écriture est très belle, très travaillée, Lucy fait montre de beaucoup de métaphores, d'images, de circonvolutions pour nous rapporter les événements. On prend donc beaucoup de plaisir à lire, toutefois l’œuvre étant particulièrement conséquente, c'est une lecture qui peut se révéler à la longue difficile. Il faudra du temps pour venir à bout de ce livre, heureusement qu'il se passe beaucoup de choses à la fin, ce qui motive à terminer l'ouvrage.

Villette est une œuvre à l'image de sa narratrice Lucy. Sous bien des aspects, il peut paraître rébarbatif, peu avenant et passionnant, mais en y regardant bien, il peut receler aussi quelques trésors et subtilités bien cachés. 
 

mardi 11 mars 2014

Carmilla de Sheridan Le Fanu

Carmilla 
de Sheridan Le Fanu

Éditions Le Livre de Poche
Sortie en 2004
Format poche / 123 pages / 2€

Présentation de l'éditeur :

Dans un château de la lointaine Styrie, au début du xixe siècle, vit une jeune fille solitaire et maladive. Lorsque surgit d’un attelage accidenté près du vieux pont gothique la silhouette ravissante de Carmilla, une vie nouvelle commence pour l’héroïne. Une étrange maladie se répand dans la région, tandis qu’une inquiétante torpeur s’empare de celle qui bientôt ne peut plus résister à la séduction de Carmilla… Un amour ineffable grandit entre les deux créatures, la prédatrice et sa proie, associées à tout jamais « par la plus bizarre maladie qui eût affligé un être humain ». Métaphore implacable de l’amour interdit, Carmilla envoûte jusqu’à la dernière ligne… jusqu’à la dernière goutte de sang ! Maître du récit de fantômes et de vampires, dans la tradition romantique du roman noir, l’Irlandais Sheridan Le Fanu (1814-1873) est l’un des pionniers du roman de mystère anglais. Carmilla (1872), texte fondateur du récit de vampires, annonce le Dracula (1897) de Bram Stoker.

Mon avis :

Après avoir assisté à une conférence sur les ouvrages les plus incontournables du genre vampirique, j'ai noté quelques titres que je me suis mise en devoir de découvrir. Carmilla de Sheridan Le Fanu est l'un d'eux.

Il est très intéressant de se plonger dans une histoire du XIXème siècle, un livre plus ancien que Dracula de Bram Stoker où l'on retrouve le mythe du vampire. L'écriture est très belle et travaillée. Le lecteur est plongé dans l'histoire et bien que l'on se doute des tenants et aboutissants de l'intrigue, on ne peut s'empêcher de trembler pour les personnages et d'être transporté dans l'histoire.

On note que les caractéristiques des vampires ont bien évolué depuis le temps. Leurs pouvoirs, l'effet du soleil, leur repos, leur façon de se nourrir, le tout est abordé sans entrer dans les détails. En effet, le récit est à la première personne, c'est Laura, la victime de Carmilla qui raconte l'histoire. Elle témoigne de son expérience. Elle ne peut donc dire que ce qu'elle a vécu ou ce qu'on lui a raconté. La narratrice est une jeune fille sage avec une bonne éducation, élevée loin de tout dans la bonne tradition anglaise. Jeune fille esseulée, elle cherche de la compagnie de son âge et est ravie lorsqu'une jeune étrangère fait son apparition.
Carmilla est une créature étrange. Fascinée par Laura, elle n'aura de cesse d'essayer d'en faire sa moitié. Elle recherche une amitié fusionnelle, qui se fait au détriment de son amie. À plusieurs reprises, elle tiendra des propos, au détour d'une conversation, assez effrayants qui auraient dû alerter Laura.

Même si l'on peut trouver le début un peu lent, la seconde moitié du récit est riche en informations et rebondissements. C'est une partie captivante où le lecteur aura le droit à plusieurs retours dans le passé afin de comprendre la situation présente.

En conclusion, c'est une œuvre à lire pour toute personne aimant les récits vampiriques. Un classique dans le genre, captivant et envoutant.

mercredi 11 décembre 2013

Rebecca de Daphné du Maurier

Rebecca 
de Daphné du Maurier

Éditions Le Livre de poche
Collection Littérature & documents
Sortie le 6 avril 1971
Format poche / 377 pages / 6.10€

Présentation de l'éditeur :
Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? Daphné du Maurier plonge chaque page de son roman - popularisé par le film d'Hitchcock, tourné en 1940, avec Laurence Olivier et Joan Fontaine - dans une ambiance insoutenable, filigranée par un suspense admirablement distillé, touche après touche, comme pour mieux conserver à chaque nouvelle scène son rythme haletant, pour ne pas dire sa cadence infernale. Un récit d'une étrange rivalité entre une vivante - la nouvelle madame de Winter - et le fantôme d'une défunte, qui hante Maximilien, exerçant sur lui une psychose, dont un analyste aurait bien du mal à dessiner les contours avec certitude. Du grand art que l'écriture de Daphné du Maurier, qui signe là un véritable chef-d'oeuvre de la littérature du XXe siècle, mi-roman policier, mi-drame psychologique familial bourgeois.

Mon avis :

Ce fut ma première lecture de cette auteur que je voulais découvrir depuis que j'ai appris qu'Hitchcock avait adapté plusieurs de ses romans.

Rebecca est une œuvre vraiment très intéressante et formidablement bien écrite. L'auteur a une plume magnifique et le lecteur se retrouve entraîné bien malgré lui dans la vie de la nouvelle Madame de Winter. Bien que l'histoire soit prévisible, cela n'a gâché en rien mon plaisir de lire.

Les personnages ne sont pas particulièrement attachants. La nouvelle Madame de Winter s'est retrouvée en très peu de temps projetée dans le monde de la bourgeoisie sans y être préparée. Au départ, elle peut sembler beaucoup trop rêveuse. Elle passe son temps à se projeter dans un avenir qui n'existe que dans son imagination. Heureusement, ses rêveries diminueront au fil de la lecture, une fois arrivée au domaine de Manderley d'autres préoccupations s'imposeront à elle. Monsieur de Winter, lui est un homme assez froid.,on se demande souvent ce qu'il ressent, ce qu'il pense. Il correspond exactement à l'image, que l'on peut se faire de l'anglais bourgeois du début du XXème siècle pour lequel l'honneur et les apparences comptent plus que tout. Sur le couple, règnera le fantôme de la première Madame de Winter : Rebecca. Une femme exceptionnelle, qui a fait de Manderley, le domaine fabuleux et connu du monde entier qu'il est aujourd'hui. Mais, plus que Rebecca, c'est Mrs Danvers, la gouvernante du domaine, qui va troubler la vie du jeune couple. Cette femme vouait une admiration sans bornes à Rebecca, elle considère donc la nouvelle venue comme une intruse, une personne qui ne sera jamais à la hauteur et qui n'a rien à faire là. Elle ne se privera pas de le dire et de le montrer à la jeune épouse.

Durant toute la lecture, on se posera la question sur qui était réellement cette Rebecca. Quel est son secret ? En a-t-elle seulement un ? Est-elle seulement réellement morte ?
L'auteur joue avec le lecteur, fait planer le doute durant toute la lecture. Tout le roman est un ensemble de non-dits, rien n'est exprimé clairement, c'est au lecteur de comprendre à demi mot les propos de chacun. À lui, de mettre bout à bout tous les indices pour comprendre ce qui se passe au domaine de Manderley. Mais peut-être que tout cela n'est que dans notre imagination. Peut-être n'y a-t-il là rien d'autre qu'un domaine, un couple et des domestiques.

En conclusion, une lecture exceptionnelle pour son écriture, la manière dont l'intrigue est traitée et pour le talent de l'auteur. L'histoire est prenante sans être transcendante. Ce fut une très belle découverte.